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Les notes d'Ailothaen

Critique : Ori and the Blind Forest

Quand la magnificence rencontre le jeu vidéo...

QUOIII ? Il n'y avait toujours pas d'article sur Ori and the Blind Forest sur le site d'Ailothaen ? Mais comment ça se fait ?? :o

Cette critique a initialement été publiée sur SensCritique en octobre 2016. J'ai décidé de les mettre en plus sur mon blog perso. Je n'ai pas modifié le fond, seule la forme a été modifiée (images, sauts de lignes, titres...)
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Sérieusement, cette image, n'est-elle pas magnifique ?

Il y a des jeux vidéo auxquels on joue avant tout pour passer le temps, et au terme desquels on déclare "je me suis bien amusé" avant de le ranger définitivement dans sa boîte. Il y a également des jeux qui sont très soignés, autant sur le gameplay que sur la DA, et sur lesquels on aimera revenir de temps en temps recommencer une partie. Et il y a les jeux qui sont de véritables incarnations de l'art et qui entraînent le joueur dans leur univers enchanteur du début à la fin, marquant à jamais son expérience de joueur.

Ori and the Blind Forest fait partie de cette dernière catégorie. Lorsque j'ai découvert - un peu par hasard - ce titre en juillet dernier, seules quelques secondes d'un gameplay ont suffi pour me mettre l'eau à la bouche. Je me suis donc procuré le jeu (la Definitive Edition, précision importante, comme on le verra plus bas) en version boîte quelques jours plus tard (ce qui est très rare chez moi, étant plutôt du genre à longtemps tâter le terrain avant d'acheter un jeu !), et je l'ai commencé fin août, n'ayant pas trop eu de temps libre entre-temps. Je savais déjà à peu près de quoi le jeu était constitué, mais j'étais encore loin d'imaginer ce dont à quoi j'allais être confronté durant les 2 semaines suivantes.

Nous incarnerons donc un petit esprit sylvestre nommé Ori, et dont la forêt (nommée Nibel) dans laquelle il vit s'est soudainement dégradée et étiolée à la suite d'évènements dont, au début de l'aventure, nous ne savons pas grand chose. En effet, au fur et à mesure que nous découvrirons la forêt, toute l'explication se dessinera petit à petit à nous : pourquoi la forêt n'est plus chatoyante ? Qui est l'antagoniste ? Pourquoi a-il fait cela ? Notre objectif sera donc de découvrir tout cela, et bien sûr, de redonner à la forêt de Nibel sa vigueur d'antan.

Lorsqu'on parle de Ori and the Blind Forest, la première chose qui vient à l'esprit de beaucoup de monde est son apparence visuelle, dont il est selon moi difficile de la qualifier avec des mots tellement elle est sublime. L'univers, l'environnement, les palettes de couleurs utilisées, les multiples détails visibles à chaque scène... tout ceci se rencontre dans une harmonie quasi-parfaite qui permet à Nibel de devenir un lieu véritablement enchanteur et doté d'une âme particulière où chaque scène nous émerveillera autant que la précédente. Il m'est souvent arrivé d'arrêter de bouger et de ne rien faire d'autre que de contempler le paysage qui s'offre à moi, tellement la scène était magnifique et regorgeante de détails. Cela est d'autant plus appréciable que l'environnement est très varié : la forêt possède en effet plusieurs zones, où chacune à sa propre ambiance et identité : couleurs, lumière...

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Un endroit typique du jeu. Il a été vraiment difficile d'en choisir un à illustrer ici : littéralement TOUTE la carte du jeu est aussi magnifique que cela.

Cependant, il ne faut pas non plus oublier la musique, qui atteint sans peine le niveau de l'aspect graphique et sans laquelle le jeu serait bien plus fade. Car oui, le fond musical s'accorde d'une manière magnifique à l'ambiance du titre. Ici, nous n'aurons pas de musique bien lourde, composée de percussions, de rythmes forts et d'epicness de manière générale, mais une musique douce et entraînante, mélancolique et légèrement onirique, où chaque note « crée chez le joueur un doux mélange de tristesse et d'émerveillement » (pour reprendre l'expression d'Epyon de JVC)
En effet, Ori and the Blind Forest n'est pas un jeu joyeux : certains auront d'ailleurs sûrement besoin de quelques mouchoirs durant le prologue. L'ambiance est continuellement mélancolique et désenchantée, et si à première vue cela peut rentrer en contradiction avec ce que j'ai dit plus haut, ce n'est pas le cas : c'est justement cela qui rend cet univers si attirant, car on s'attachera très vite aux personnages, notamment à Ori que l'on emmènera dans les quatre coins de Nibel afin de sauver la forêt.

Si le scénario n'est pas révolutionnaire au niveau de l'originalité, et est d'ailleurs un peu prévisible à certains moments, il saura évoquer de belles émotions chez le joueur, à tel point qu'il est selon moi impossible d'arriver à finir le jeu sans avoir au moins les larmes aux yeux devant un ou deux passages.
Certains ne manqueront pas de remarquer à certains moments les inspirations de certains jeux et films, notamment dans les réalisations du studio Ghibli : nous pourrons d'ailleurs voir à plusieurs endroits des références à des oeuvres comme Princesse Mononoké ou Nausicaä de la vallée du vent.

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Dans un registre plus logique, Ori and the Blind Forest est ce qu'on pourrait appeller un Metroidvania : un monde en deux dimensions où l'intégralité de l'action se déroule sur une seule carte, que le joueur dévoile petit à petit au cours de son avancement dans l'histoire, et où il est libre de l'explorer de fond en comble afin de trouver des nouveaux passages ou zones cachées.
Si le jeu est loin d'être original sur ce point (le concept de Metroidvania est déjà vieux de plusieurs décennies, et des dizaines de jeux se basant sur celui-ci existent) et qu'il n'apporte vraiment rien de nouveau au genre, on peut reconnaître que le principe est plutôt bien maîtrisé (mis à part quelques défauts dont je reparlerai plus bas). Le level design est un vrai régal, la difficulté et les possibilités augmentant avec le temps. On trouvera en effet des passages mémorables de par leurs mécaniques, comme celui où on jouera un peu avec la gravité, ou celui où on se perdra dans le brouillard. (Attention cependant, bien que le jeu est souvent qualifié de metroidvania, cela n'en est pas un dans le sens le plus strict, et reste plutôt un metroidvania-like : certains puristes ne pourraient donc ne pas le considérer comme tel)

Au cours de son avancement dans la forêt, Ori acquerra progressivement une douzaine de compétences (par exemple : escalader un mur, sprinter, s'accrocher à un projectile et sauter dessus) qui lui permettront d'élargir son éventail de possiblités afin de franchir les obstacles ou de résoudre des problèmes (« comment dois-je faire pour réussir à aller là-haut ? »).
Nous disposons d'une réserve d'énergie (comparable à de la mana) que nous pourrons utiliser pour créer nos propres points de sauvegarde. Cela sera souvent bienvenu, car on s'apercevra très vite que sous son air peut-être un peu naïf, le jeu n'est pas si facile qu'il n'y paraît, et il faudra avoir une très bonne dextérité (et aussi pas mal de patience) sur certains passages où il faudra éviter de nombreux obstacles qui peuvent faire mal ! Il est très facile de mourir dans ce jeu, et lorsqu'on approchera la fin, le compteur de morts se chiffrera souvent à plusieurs centaines. À ce titre, le terme die-and-retry est souvent utilisé pour qualifier le jeu, étant donné que l'on peut créer ses points de sauvegarde et tomber dans un ravin 5 secondes après pour ensuite réessayer de le franchir à plusieurs reprises.

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Vous allez mourir beaucoup de fois ici.

Après cette éloge qui lui est faite, posons cette question : est-ce que Ori and the Blind Forest comporte des défauts ? La réponse est clairement oui - après tout, aucun jeu n'est parfait. Cependant, il convient de savoir une chose très importante : le jeu est sorti le 11 mars 2015, et 1 an plus tard jour pour jour, Moon Studios a sorti la Definitive Edition, qui a remplacé la version « normale » et qui a corrigé la majorité de ses problèmes.
La version de base comporte en effet plusieurs défauts, dont un considéré à juste titre comme grave : le fait qu'il ne soit pas possible de retourner dans certaines zones après que ces dernières aient été faites, ce qui est une encontre au principe d'un Metroidvania, un grand intérêt étant habituellement porté sur l'exploration et le 100% (d'autant plus qu'une fois le jeu fini il n'était plus possible de retourner sur la sauvegarde). De plus, certains joueurs ont été confrontés à des problèmes au niveau des sauvegardes : il était en effet possible de sauvegarder dans des endroits où l'on pouvait se retrouver bloqué. Ce qui est pour le moins très agaçant...
Ces deux lacunes majeures, et certaines autres, ont été corrigées dans la Definitive Edition. Pour autant, cette dernière n'est pas non plus exempt de petits défauts : par exemple, certains éléments du jeu ne sont pas très visibles (surtout les projectiles des ennemis, étant parfois trop petits ou cachés par un arbre en avant-plan). Il existe également quelques plate-formes qui sont source de confusions : on ne voit pas précisément si elles sont au premier ou en arrière-plan, ce qui fait que deux ou trois fois, on sautera dans le vide en pensant qu'il y avait quelque chose sur quoi atterrir, alors qu'en réalité c'était juste un élément de décor. Il faudra donc garder cela en tête !

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Toutefois, on saura très vite faire abstraction de ces petits défauts tellement on sera sous le charme de la forêt de Nibel. Si Ori and the Blind Forest n'est pas révolutionnaire sur son gameplay, sa direction artistique et son atmosphère particulière sont d'une grande magnificence (dans tous les sens du terme), et sauront emporter quiconque n'est pas allergique à ce genre d'univers dans une odyssée douce et onirique, mais parfois intense, du début à la fin.
Il s'agit tout simplement du jeu le plus beau (dans tous les sens du terme - encore...) que je n'ai jamais connu à ce jour, et nul doute qu'il restera mon jeu préféré pour un long, très long moment. Alors, à Moon Studios (et aussi Microsoft : même si je suis du genre à cracher dessus, ils méritent que je dise du bien d'eux pour une fois :p ), j'adresse mes félicitations, mais surtout mes remerciements pour avoir créé un tel joyau.

Verdict
10/10

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